La flexibilité ne fait pas de miracles :

Un changement des règles du jeu sur le marché du travail, même substantiel, ne pourrait guère régler la question explosive du chômage. L'enjeu prioritaire en la matière reste celui des politiques économiques menées en Europe, dont le caractère récessif prolonge et aggrave la crise au lieu de la résoudre. D'autant que la comparaison avec nos voisins ne fait apparaître aucun manque sensible de flexibilité dans l'Hexagone. Les pays manifestement plus "flexibles", comme le Royaume-Uni, le Danemark ou les Etats-Unis, rencontrent encore plus de difficultés que nous.

Néanmoins ces derniers jours, le tam-tam des médias aux mains de Bouygues, Lagardère, Dassault, Tapie, Bolloré et consorts met en avant un accord relatif à la sécurisation de l'emploi, ce qui en langage courant, après traduction de la novlangue libérale, signifie flexibilisation du travail.

 

L'accord interprofessionnel du 11 janvier 2013 :

 Les négociations entre le MEDEF et des syndicats ont abouti à un accord dont les principaux éléments sont les suivants :

  • taxation des contrats courts : surcotisation de 4,5% des CDD inférieurs à 3 mois (mais exonération des charges pour les embauches de jeunes en CDI avec allongement de la période d'essai à 3 mois – on voit l'aubaine se profiler!)
  • droits rechargeables à l'assurance-chômage (à condition que les premières évaluations démontrent que la mesure ne coute rien)
  • généralisation des systèmes de complémentaire santé financés par moitié par les salariés et par les employeurs (mais le choix du système restera à l'employeur seul qui pourra choisir une des assurances privées des patrons du MEDEF de préférence aux Mutuelles)
 
En échange de concessions patronales marginales, la CFDT, la CGC et la CFTC ont accepté des reculs très importants.
  • flexibilisation du temps de travail et des salaires : possibilité d'accord de maintien de l'emploi avec baisse de salaire et réduction des horaires pendant deux années
  • libéralisation de la mobilité : toute mobilité inscrite dans un accord majoritaire ne peut être refusée.
  • plan social facilité : allègement de la procédure ou même dispense, si accord majoritaire
  • limitation de toute possibilité de recours judiciaire (abaissement de la prescription de 5 ans à 2 ans).


D'ailleurs, l'une de ces régressions sociales est la flexibilisation du temps de travail et des salaires qui a été mise en œuvre en Espagne. Renault y a imposé l'augmentation du temps de travail assortie d'un gel des salaires et de la suppression de primes à ses travailleurs espagnols ! L'entreprise publique tente désormais d'imposer un tel accord en France et l'Etat actionnaire laisse manœuvrer la direction de l'entreprise !

Dans un entretien Raymond Torres, de l'Institut international d'études sociales (OIT) estime que la flexibilité du travail favorise le chômage :

"Dans un contexte de récession tel que nous le connaissons, une réforme du marché du travail ne peut pas marcher. Pire, en facilitant les licenciements, les réformes du marché du travail en Espagne, en Grèce ou au Portugal ont accéléré les pertes d’emplois sans pour autant stimuler les embauches. Ces réformes s’inspirent de théories selon lesquelles les employeurs seront moins réticents à embaucher, parce qu'il leur sera plus simple de licencier par la suite. Mais ces théories ne fonctionnent pas dans un contexte récessif. Elles ne permettent pas de créer des emplois et se traduisent par moins de sécurité pour ceux qui en ont un."

 

L'expérience de la flexibilité en Europe

En Espagne,

ce fut un gouvernement socialiste qui a flexibilisé le marché du travail avec la loi du 17 septembre 2010. A l'époque, Zapatero affirmait à ses contradicteurs :

« Cette loi va permettre de flexibiliser le marché du travail pour le rendre plus compétitif, tout en protégeant davantage les travailleurs. Elle est censée réduire les inégalités entre travailleurs stables, bien protégés, et les autres, très nombreux, qui ont des contrats précaires. La nouvelle loi va permettre de généraliser un nouveau type de CDI, avec moins d'indemnités de licenciement. Elle devrait aussi limiter le recours aux contrats temporaires, tout en augmentant la flexibilité horaire dans les entreprises et en facilitant les licenciements économiques. »

Deux ans plus tard, la précarité s'est généralisée, le taux de chômage est passé de 20 à 26 % de la population active et à plus de 51 % chez les 15 - 24 ans en Espagne .

En France, une nouvelle étape est franchie !

MEDEF, gouvernement socialiste et CFDT se réjouissent de l'accord du 10 janvier !

Il aboutit à l’application progressive en France de tous les plans du FMI et de la BCE, déjà à l’œuvre en Grèce, au Portugal, en Espagne...En fait, la précarité et l’anéantissement de toutes les sécurités conquises au cours des luttes par nos parents pèseront sur la tête de tous !

C’est donc par le mensonge et le travestissement que cet accord est affublé du nom de "sécurité" !

Un accord minoritaire : la CFDT, la CFE-CGC et la CFTC représentent à elles trois seulement 38,7% aux dernières élections prud’homales (CFDT 21,8%, CGC 8,2%, CFTC 8,69%). 

Solidaires est évidemment CONTRE .

Le gouvernement s’appuyant sur cet accord va présenter un projet de loi en Conseil des ministres le 6 ou le 13 mars. Il sera examiné en urgence à l’Assemblée nationale en avril, au Sénat en vue d’une éventuelle promulgation du texte fin mai.

Dans les entreprises et dans le pays, engager la bataille pour faire échouer cette entreprise de casse !

Une puissante bataille doit s’engager dès à présent, en dénonçant les mensonges des grands médias et le pouvoir et en montrant les dangers de l’application des mesures envisagées !

La comparaison avec nos voisins ne fait pourtant pas apparaître de handicap français particulier en la matière.
Elle montre surtout qu'on est allé trop loin dans le recours au travail précaire.

 

© supper.org 2018